séries

vanité : 

« Ce qui est vide, de vaine apparence » 

La vanité est une forme iconographique de la Nature morte évoquant la précarité de la vie et l'inanité des occupations humaines souvent représentée par un crâne. Appliquée ici à un bestiaire marin, os de seiche (sépion), oursin-coeur (Echinocardium cordatum) dit aussi oursin-souris, coussin de requin etc., elle fait référence (on pense au tableau Les Ambassadeurs de Hans Holbein Le Jeune peint en 1533 et conservé à la National Gallery de Londres où le crâne humain anamorphosé prend la forme d'un sépion) et marque aussi un point d'achoppement à la reconnaissance ou l'identification tant formelle que symbolique. Grand/petit, loin/proche, vrai/faux, dessin/relief, construction/trace, carte ou territoire. Le dessin s'y inscrit en creux, l'ombre en est l'objectivation, chaque élément de cette série, qu'il soit gravé ou dessiné, renvoie à une recherche sur la ligne, aux espaces entre ce qui reste, les traces et notre capacité de projection.     

 

nappe : 

Les « nappes » sont autant de traces que de regards croisés entre la carte et le geste. En cheminant sur la gomme, en circonvolutions, en creux, en relief, l’oeil fait sa mise au point dans ce parcours initié par la ligne, unique et continue. Dessin automatique, chaos de signes. Nappe monde. Pas de tables dans cet invisible banquet. L’horizontalité des propagations cède à la verticalité ; la peau protectrice de l’objet bascule en un territoire à explorer. De l’encrage et ses repères à l’ancrage et ses distances. Les « nappes » sont pareilles à des structures fractales*, et tel le dessin d'un littoral, d'un relief géologique, elles questionnent l'espace du visible en marche.

* Néologisme crée par le mathématicien Benoît Mandelbrot en 1974, une fractale désigne des objets dont la structure est invariante par changement d’échelle.

 

arbre : 

La série arbre est un arrêt sur image. Le jeu du vivant peint la lumière d'un contre-jour pour prendre la mesure d'un temps en marche, sous-bois. Le déplacement y prononce l'empreinte d'une vision tête en l'air et opère un transfert d'une vision en mouvement vers un support-enseigne. Prendre la trajectoire des ramifications, trouver la profondeur d'une vue en plan sont autant de chemins vers ce reél qui nous fait imaginer, dessiner le trajet de cette trace singulière, persistante au fond.      

 

vers : 

Série de travaux prenant source sur l'estran, cette partie du littoral recouverte à marée haute et visible à marée basse. Une forme, un dessin, l'aléas d'un mouvement naturel initiant un geste graphique.  

 

matrice : 

Les matrices sont des éléments constitutifs de travaux en gravure (lithographie, héliogravure, xylogravure, linogravure etc.). Mères d'estampes, elles deviennent reliefs indépendants. 

 

lumière portée : 

Lumière portée s'inscrit dans le bois de hêtres au sud du château de Kerduel à Pleumeur Bodou dans les côtes d'armor. Elle ne s'offre au regard qu'au détour du chemin et reste circonscrite à la portée de l'oeil photographique (50 mm), elle délimite ainsi un cadrage à hauteur humaine proposant un arrêt sur image ou plus précisément un arrêt en chemin. La photographie y est à la fois le moteur et la trace d'une intervention où la peinture ne prend plus que la forme fugace d'un souvenir, d'une persistance lumineuse où la mémoire se fait aussi l'écho d'une histoire, celle de Maurice Denis et son Paysage aux arbres verts ou Les hêtres de Kerduel, tableau conservé au musée d'Orsay à Paris et peint à Kerduel en 1893. 

 

bryophyte :

La série bryophyte est née de la rencontre d'un geste répétitif et d'un mot trouvé au hasard des pages d'un ouvrage de botanique à une période où Brigit Ber commence à travailler le médium vidéo pour ses performances VJ (jeu d'image en direct avec des groupes de musique). Il s'agit d'une série de travaux dont le dénominateur commun est la prolifération d'un dessin régit par un geste automatique dépourvu de tout réfèrent ou modèle graphique signifiant. Seule la dynamique du "faire" conditionne la forme, ni recul ni évaluation par le regard de l'artiste ne doit émerger pour que le bryophyte se construise, il a sa vie autonome et une occurrence indépendante de considérations de style, d'idée ou de forme particulière. A mi-chemin entre facture et élan naturel, les bryophytes sont autant de lignes et de supports, que de vides et de pleins, que d'ombres et de lumières, structures en jeu de vie aux matériaux de notre quotidien.

 

bryophyte in-situ :

Il procède du même élan et appartient à la même famille, les bryophytes. Néanmoins, il opère différemment dans le sens où il ne se rattache pas à un objet mais à un lieu, s'y inscrivant de façon éphémère (dessins à la craie ou traces sur des surfaces meubles). Par ce trait particulier de son existence, le bryophyte in-situ a pour corollaire nécessaire et inscrit dans la démarche artistique de Brigit Ber, la photographie.

 

bryophyte lumineux :

Plusieurs bryophytes lumineux ont vu le jour... depuis que les bryophytes de Brigit Ber existent. Ils jouent sur le double registre de l'apparition et de l'effacement de façon encore plus prononcée que pour les dessins à la mine de plomb sur papier des premiers temps. En effet, la lumière est la nature même de l'objet, qu'il soit table lumineuse (imprimerie, labo photo, imagerie médicale, lampe décorative etc.) et le dessin s'y inscrit par une sorte de "contre-pied" car formé par du ruban correcteur, une souris bien maligne qui de son blanc effaceur marque de noir la forme sans autre dessein que de se jouer de la lumière en aléas. 

 

caillou : 

La série caillou est un ensemble d'encres de chine sur papier coton. La ligne, y construit la trace d'un paysage minéral de bord de mer où parfois la couleur s'invite. Le dessin formant un caillou est réalisé "sur le motif" et à main levée. Il est fait à plat, ainsi, un temps, ou plus exactement un vide, s'interpose entre l'observation et sa traduction. Et c'est particulièrement cet interstice qui intéresse l'artiste, une forme d'élan naturel. Lorsque Brigit Ber découvre la côte de granit rose dans les Côtes d'Armor (22), elle y trouve l'objet de son attention et part à la recherche de formes, non plus en restant à l'atelier mais sur les chemins du littoral, avec la lumière et le vent, avec son papier et ses encres, avec le blanc et le souffle vers un dessin calligraphique des lieux. De la rencontre des rochers si singuliers de cette côte bretonne que ce soit à Trégastel, Ploumanach, Perros- Guirec, l'île Grande ou Trébeurden sont nés ses cailloux pour que la magie du trait imprime la mémoire d'un véritable amour du pays.

 

nombrils brodés :

« Beau travail ou (et) recherche sur ce « théâtre du je » qu’est le nombril et tout ce à quoi il renvoie... Cicatrice maternelle, espace de transition, lien dénoué, rompu, tranché pour l’autre vie heurtée violemment séparée des eaux prénatales. Cette image complexe, incomplète qui se trame dans l’inconscient créatif et se file dans la psyché est une part de ce moi abandonné aux rives de la naissance. Espace vaincu et reconquis par le geste de la brodeuse qui noue et dénoue les artifices, les plis, les replis, les arabesques des courbes, les creux, les saillies, les ombres perdues, les lumières somptueuses de l’épiderme, et celles des matériaux associés (verre, fibre de verre, fil) complices de cette quête sensuelle et symbolique d’où l’humour n’est pas absent. »

Bernard Legendre, Historien d’art 

 

nombrils en plaque :

La série des nombrils brodés suit plusieurs chemins au court de son histoire. Sa naissance inscrit l'artiste dans la continuité de ses réflexions sur le corps, son propre corps pour commencer puis celui de l'autre. Les nombrils brodés sont en tout premier lieu la trace d'une rencontre entre deux matériaux a priori non amenés à se retrouver : une moustiquaire et du fil de couturière. Ils ont en commun leur teinte, chair, et surtout cette qualité, importante à ce moment de la vie de l'artiste, d'être transportable. Effectivement, leur naissance et leur présence dans le travail de Brigit Ber garde la mémoire d'une période où elle voyage beaucoup et ce petit ouvrage, ces drôles de broderies sont réalisables en divers lieux. Les modèles utilisés pour ces nombrils brodés sont imaginaires, dessinés d'après nature ou photographiques. Dans un premier temps, à la galerie Satellite notamment, ils seront assemblés, ceinturés même, à des plaques de verre aux dimensions humaines et proposent ainsi un rapport frontal "non protégé" où se joue le reflet du "regardeur". 

 

nombrils en brique : 

Après avoir habillé des plaques de verre aux allures de miroir à taille humaine, les nombrils brodés ont trouvé un autre environnement, plus enclin à protéger leur nature fragile. Cet écrin que va constituer la brique de verre s'inscrit dans le processus inhérent au nombril brodé de traduire la limite entre deux espaces, une enveloppe où le réfèrent à l'architecture vient ouvrir le possible d'un équilibre (ou flottement d'ailleurs) entre le vivant et ce qui l'entoure. L'air de rien. Lorsque la galerie Jacob 1 présente le travail des nombrils en brique, une pièce centrale à l'espace de la galerie est réalisée pour l'occasion, Insoutenable légèreté. Elle s'inscrit dans la même famille que Su casto fulgo enjuto/Petalos de lata débil/Recaman los grises puros/De la brisa, desplegada/ (Son chaste éclat maigre et sûr/Le fer tendre de pétales/Brode en relief le gris pur/De la brises, déployée (...) F.G.Lorca), une commande d'un collectionneur particulier. En effet, les deux pièces ont en commun la suspension dans l'espace et l'assemblage de neuf nombrils en brique. Certains nombrils en brique trouvent leur place dans des intérieurs de collectionneurs particuliers en s'inscrivant directement dans le mur maçonné ou constitué de briques de verre.